Frappes francaises au Tchad: Dégueulasse et anachronique

En fin d’après-midi du 3 janvier 2019, des avions de chasse de la force française Barkhane ont effectué des survols de dissuasion de la colonne de 40 pick-up d’un groupe armé en provenance de la Libye, avant de procéder à des tirs de missiles sol air-sol pour la stopper dans sa progression vers N’Djaména, la capitale du Tchad. Depuis cette intervention musclée de l’armée française, la polémique n’a cessé d’enfler au niveau de l’Hexagone, si bien que le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a été interpelé le 12 février dernier par l’Assemblée nationale sur la question. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’intervention du ministre a de quoi estomaquer ! Et pour cause.

D’abord, l’on remarque une grande inconstance dans le discours des autorités françaises.

Les bombardements des positions de l’UFR ne visent qu’à protéger les intérêts français

Au départ, l’on a fait croire à l’opinion que les frappes de l’aviation française étaient dirigées contre des colonnes de djihadistes. Puis, face aux élus nationaux, le ministre des Affaires étrangères a laissé entendre que l’intervention militaire était plutôt destinée à empêcher un coup d’Etat. « Il y a eu, explique-t-il, une attaque d’un groupe rebelle venu du sud-libyen, qui voulait prendre le pouvoir par les armes à N’Djamena et le président Déby nous a demandé, par écrit, une intervention pour éviter ce coup d’Etat venu du sud-libyen et pour protéger son propre pays ». Hormis l’évidente manipulation de l’information destinée, sans nul doute, à semer la confusion dans les esprits, l’on ne peut que déplorer le parti pris du gouvernement français qui n’est rien d’autre qu’une ingérence dans les affaires intérieures du Tchad. Car la rébellion de l’UFR n’est pas étrangère au Tchad et est même liée au gouvernement d’Idriss Déby par des accords obtenus suite à plusieurs rounds de négociations que ce dernier refuse d’exécuter parce que justement, il bénéficie de la protection de la France.

Ensuite, de l’intervention du ministre Le Drian devant l’Assemblée nationale, l’on retiendra que la non-ingérence dont s’est toujours prévalue la France, n’est qu’un discours creux. Car, tout se passe comme si la position de Paris varie à la tête … du demandeur. Rien ne dit, en effet, qu’un autre président à la place de Deby, aurait eu ce soutien de la part de la France.

En réalité, les bombardements des positions de l’UFR ne visent qu’à protéger les intérêts français et sauver au passage, celui qui, aujourd’hui est considéré comme le garant principal de la stabilité dans la bande sahélo-saharienne. On le sait, le Tchad abrite d’importantes bases militaires françaises et les autorités hexagonales n’ont pas voulu prendre le risque de les laisser approcher par des groupes armés sur lesquels elles n’ont pas, pour l’instant, d’emprise. Ensuite, l’on sait tout aussi bien que le Tchad est un apparent îlot de stabilité dans le contexte régional où le langage le mieux compris est celui des armes.

L’ère des parachutages des troupes françaises en Afrique pour déjouer des coups d’Etat ou pour rétablir des dictateurs déchus, est révolue

Sans nul doute, la France n’a pas voulu prendre le risque de laisser basculer à son tour le pays dans un chaos dangereux pour ses intérêts; toute chose qui aurait pu, par ailleurs, exposer la sous-région. Enfin, il ne faut pas oublier qu’Idriss Déby a rendu de loyaux services à la France, notamment sur le théâtre malien où il a payé un lourd tribut. La France a voulu lui renvoyer l’ascenseur, tout en le maintenant dans la position de l’obligé.

Cela dit, si l’on peut trouver des explications à l’intervention française contre les rebelles tchadiens, on ne saurait cependant la justifier. Car, il faut le dire, elle est tout simplement anachronique. L’ère des parachutages des troupes françaises en Afrique pour déjouer des coups d’Etat ou pour rétablir des dictateurs déchus, est révolue. Dans le cas spécifique d’Idriss Déby, la situation est d’autant plus inacceptable que le président s’accroche au pouvoir depuis près de trois décennies et a verrouillé toutes les possibilités d’alternance dans son pays. Et c’est en cela que l’on peut dire que les frappes françaises n’ont pas seulement visé les rebelles de l’UFR mais aussi et surtout le peuple tchadien en proie à une dictature féroce. En tout état de cause, il faut dénoncer ces accords militaires entre la France et les pays africains, qui visent plus à protéger des dictatures et des intérêts étrangers qu’à secourir les peuples africains en cas d’agression.

« Le Pays »

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