Etats-Unis: «Repenser les opérations militaires en Afrique était inévitable»

Le ministre américain de la Défense, James Mattis, a fait savoir que les Etats-Unis comptaient réduire leur présence militaire en Afrique afin notamment de réaffecter leurs ressources en cas de conflits éventuels avec la Chine et la Russie. Nicolas van de Walle, politologue à l’université américaine de Cornell, analyse pour Géopolis les enjeux de cette décision.

Que signifie cette annonce pour les relations entre l’Afrique et les Etats-Unis? 
Il ne faut pas exagérer l’importance de cette décision de réduire d’environ 10% les effectifs d’Africom (Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique), qui compte 7.200 soldats, dans les prochaines années. Mais elle reflète une réticence nouvelle vis-à-vis des opérations en Afrique après la débâcle au Niger en 2017. Prudent, le Pentagone ne souhaite pas mettre la vie des soldats américains en danger dans des endroits comme le Sahel où les objectifs américains ne sont ni très clairs ni très significatifs.

En outre, le secrétariat d’Etat à la Défense, depuis que Mattis en a pris la tête, a clairement affiché sa volonté de se recentrer sur la traditionnelle compétition entre les super-puissances. Il était néanmoins inévitable de repenser les opérations en Afrique compte tenu de la rapide expansion qu’elles ont connues ces dernières années. Dans tous les cas, Africom sera toujours en mesure de réagir vigoureusement si de nouvelles menaces se font jour et les réductions envisagées pourraient être annulées.

Il ne faut pas s’inquiéter mais cette décision ne vient-elle pas confirmer que l’Afrique est de moins en moins une priorité pour l’administration Trump?
Les Africains devraient effectivement se préoccuper davantage des blessures diplomatiques persistantes que la Maison Blanche et l’équipe en charge de la diplomatie américaine infligent à la politique africaine des Etats-Unis. La nomination de Mike Pompeo constitue une amélioration par rapport à Rex Tillerson, mais le département d’Etat ne s’en est pas encore vraiment remis. Par exemple, la nomination des ambassadeurs dans des pays africains clés demeure incroyablement lente et aléatoire.

Les élections de mi-mandat, qui ont permis aux démocrates de redevenir majoritaires à la Chambre des représentants, peuvent-ils améliorer la situation? 
Ce scrutin va permettre de renforcer le contrôle exercé à la Chambre par la nouvelle majorité et c’est une bonne nouvelle. Le sous-comité de la Chambre des représentants pour l’Afrique a traditionnellement été plus entreprenant sous une majorité démocrate. On peut donc s’attendre à un regain d’ambition au Congrès. Par contre, le départ prévu de certains responsables clés associé à la tendance croissante de l’administration Trump à exclure l’expertise et à faire appel aux amis du président – souvent sans compétence ou expérience adéquate – pour occuper des postes importants est préoccupant.

 

 

 

Par Falila Gbadamassi

Geopolis

 

 

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