Électricité en Afrique du Sud : la concurrence, amie des consommateurs

Un marché de l’électricité a un effet salutaire sur le comportement de tous les acteurs de la production et de la fourniture d’électricité. Les centrales électriques, les réseaux de transport, les réseaux de distribution, les grossistes et les détaillants ont un comportement plus favorable au consommateur lorsqu’ils sont en concurrence. Eskom, monopole d’État en Afrique du Sud est bien mal placée pour gérer un secteur aussi important pour le développement. Les exemples de l’UE, des États-Unis ou encore de la Nouvelle-Zélande prouvent que la concurrence est bénéfique.

Comment réduire le prix de l’électricité ?

L’Afrique du Sud ne disposera d’un système d’alimentation électrique robuste que lorsque ses fonctions de production, de transport, de distribution et de contrôle de l’électricité seront séparées et exploitées de manière indépendante. La sécurisation des approvisionnements à court et à long terme exige que le gouvernement modifie la structure défaillante actuelle du marché.

Les meilleurs systèmes d’alimentation en électricité au monde ont plusieurs caractéristiques communes. Les consommateurs privés ont le choix de se fournir auprès de nombreux détaillants d’électricité concurrents. S’ils ne sont pas satisfaits du service ou des prix facturés par un fournisseur, ils peuvent facilement et rapidement (en Nouvelle-Zélande dans les 24 heures) passer à un autre. La facilité de changer de fournisseur d’électricité est pour les consommateurs le meilleur gage de s’assurer que le prix qu’ils paient est concurrentiel. Sur un marché qui fonctionne de manière concurrentielle, les centrales électriques concurrentes fournissent de l’électricité directement aux gros utilisateurs et au marché de gros sur lequel les gros consommateurs d’électricité et les détaillants s’approvisionnent.

Quelles que soient les circonstances, sauf si l’utilisateur final dispose de panneaux solaires ou d’une autre forme de système de production d’électricité sur place, un réseau de transport à haute tension exploité de manière indépendante est une nécessité. La propriété et la gestion indépendantes du réseau suppriment le problème des conflits d’intérêts, qui existe inévitablement lorsque des sociétés de production concurrentes souhaitent avoir accès, par exemple, au réseau d’Eskom pour toutes acheminer de l’électricité sur le même réseau aux clients qui souhaitent acheter leur électricité.

Pourquoi l’électricité manque ?

Sans surprise, Eskom, compte tenu de sa position dominante en tant que propriétaire du réseau, exige d’être le seul acheteur de toute l’électricité devant être acheminée sur son réseau, généralement à un prix sous-estimé, ce qui signifie qu’aucun producteur indépendant n’a réussi à conclure des accords avec Eskom afin de produire l’électricité nécessaire pour couvrir les besoins en approvisionnement en électricité du pays. Eskom a la prétention de fixer un prix unique sans même connaître le coût réel de production, ce qui exclue les centrales nouvellement construites ayant des charges importantes. Eskom ne se préoccupe pas des entreprises qui produisent et préfère fixer un prix bas pour afficher une intention sociale mais le problème de la quantité produite reste entier.

Ainsi, le prix de l’électricité n’est pas élevé mais la quantité produite est insuffisante pour alimenter une économie dynamique. Seul un monopole d’État peut se permettre de se livrer à un tel comportement improductif.

Le secteur des énergies renouvelables pris en otage

Dans le cas des énergies renouvelables, le ministère de l’Énergie est intervenu pour négocier des accords d’achat de l’électricité produite grâce aux énergies renouvelables. À moins de contraindre une entreprise monopolistique productrice d’électricité et propriétaire du réseau à se plier à la pression politique, comme ce fut le cas dans l’UE, elle ne consentira pas facilement à autoriser des connexions à son réseau pour transporter de l’électricité concurrente. National Grid est l’une des plus grandes sociétés énergétiques au monde appartenant à des investisseurs. Elle est propriétaire des réseaux haute tension en Angleterre et au pays de Galles et couvre le Massachusetts, New York et le Rhode Island aux États-Unis. En tant qu’entité privée à but lucratif, National Grid accueille toutes les entreprises de production qui souhaitent se connecter à son réseau, à condition que les nouveaux entrants respectent des normes opérationnelles qui ne nuisent pas à la fiabilité du réseau. La raison en est que plus d’entreprises productrices connectées au réseau signifie plus de revenus provenant des frais de transport. Pour Eskom, un nouveau client au service de transport est considéré comme un concurrent importun.

Dissocier la production et la distribution d’électricité

Il est donc urgent de supprimer le conflit d’intérêts sud-africain sur le transport d’électricité. Même si le secteur restait entièrement entre les mains de l’Etat mais qu’au moins les activités de production et de distribution étaient séparées, il y aurait une prolifération de producteurs d’électricité faisant la queue pour y avoir accès. Naturellement, l’accès sera plus fluide si, comme au Royaume-Uni, le réseau de transport était vendu à une entreprise privée. Le nouveau propriétaire serait encore plus actif dans la prospection d’entreprises-clientes, ce qui accroîtrait l’offre et réduirait les prix.

L’Etat résoudrait de nombreux problèmes s’il permettait à Eskom de vendre sa partie réseau de distribution à une société internationale expérimentée. Le produit de cette vente permettrait en plus de rembourser une partie de ses dettes. Cela soulagerait autant Eskom que les populations qui paient l’impôt, et ouvrirait le secteur de l’électricité à une transformation indispensable, sans laquelle la sécurisation de l’approvisionnement restera irréalisable. Un réseau de transport à haute tension indépendant est un élément essentiel du marché de l’électricité concurrentiel dans lequel les consommateurs peuvent choisir leurs fournisseurs. Les bénéficiaires seraient les donc les contribuables et les consommateurs d’électricité. Les contribuables, car ils n’auront plus à supporter les pertes d’une entreprise publique inefficace, et les clients, car ils pourront faire jouer la concurrence entre différents fournisseurs pour obtenir le meilleur service au plus bas prix.

Eustace Davie, analyste pour the Free Market Foundation- Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 5 novembre 2018.

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