Élections en Algérie. « Cinq interdit » !

On nous bourre le mou avec le Venezuela et les saloperies étasuniennes, avec la comédie loufoque de Trump recevant son homologue en clownerie de Corée du nord au Vietnam, pays qui a foutu la pâtée aux USA, mais on oublie curieusement ce qui se passe juste en face de nos côtes méditerranéennes, dans ce pays si proche et si loin tant au niveau géographique qu’affectif : l’Algérie.

On va voter au mois d’avril en Algérie. On va voter et très probablement élire Bouteflika pour un cinquième mandat, un zombie manipulé par un clan qui tient le pays depuis des décennies. L’Algérie, c’est 40 millions d’habitants, dont la moitié a moins de vingt ans. Le chaos politique signifierait un tsunami d’immigration vers la France. Voilà ce qui fait trembler nos dirigeants qui préfèrent encore voir se continuer la situation actuelle que de devoir faire face à une grave crise géopolitique.

Les manifestations contre un cinquième mandat du président actuel se multiplient et rappellent la situation qui, il y a quelques années en Tunisie a abouti au départ de Ben Ali. Vendredi dernier, ils étaient des dizaines de milliers dans les rues d’Alger clamant leur rejet de Bouteflika. Lundi c’étaient les avocats revendiquant un état de droit et ce mardi on attend les étudiants.

Ce pays est assis sur un tas d’or noir et pourtant stagne économiquement. Il n’a pas su utiliser sa manne pétrolière pour créer une économie florissante et désespère sa jeunesse condamnée au chômage ou à l’exil. L’oligarchie qui monopolise le pouvoir et les profits en s’abritant derrière la fiction Bouteflika commet une grave erreur : les jeunes Algériens n’ont connu ni le romantisme de l’indépendance ni les affres de la guerre civile contre les islamistes.

« C’est un peu la génération des voyeurs Internet, galvanisés par l’idée du visa et du départ, victimes de la virtualisation de leur réel par Internet ou l’islamisme. Ils sont jeunes, casquette retournée, coupe de cheveux soignée, amateurs de motos, de Facebook et d’Instagram, oisifs et enthousiastes. Cette tranche d’âge représente près de 65 % de la population et est sans… représentation politique au pays de la gérontocratie. On aurait juré ne jamais les voir s’intéresser à la politique et, pourtant, ce sont eux qui, aujourd’hui, se rassemblent par dizaines de milliers, scandent, crient et inventent les slogans.

Leur héros  ? Rachid Nekkaz. Un personnage franco-algérien à peine visible en France, 47 ans, né dans le Val-de-Marne. » dit le journaliste et écrivain Kamel Daoud.

Rachid Nekkaz ? Qui c’est celui-là ? Un politicien opposant au régime ? Non. Il est né en France, dans le Val de Marne. Il fait partie de cette génération de Beurs qui a réussi. Il a fait fortune dans l’immobilier et internet. Il s’est fait une réputation dans la communauté d’origine maghrébine en surfant sur des prises de position populaires dans son milieu : en payant les amendes des porteuses de burka, en soutenant le burkini, en attisant le malaise des banlieues, etc. Une sorte de bigot à la sauce internet qui a débarqué en Algérie en affichant son ambition de devenir calife à la place du vieux calife ! C’est une sorte de Bepe Grillo à la mode algérienne. 

Daoud : « Ce n’est pas un notable de l’opposition ni un employé du régime, mais un clown de 47 ans qui erre partout, se prend en photo et s’impose dans la planète Internet. Et c’est là qu’il va rencontrer son public  : des jeunes séduits par sa « réussite », sa franco-algérianité avec ce baroud d’honneur qu’il rendit public  : sa renonciation à la nationalité française. On peut y ajouter son bigotisme, sa « musulmanité » folklorisée. À force de le moquer et de l’ignorer, le régime lui délégua, par mépris, la génération démographiquement la plus forte en Algérie, mais politiquement la plus invisible. »

Sans discours, sans programme, c’est surtout une présence, une incarnation face à l’invisible zombi Bouteflika. C’est pourtant un héros venu d’ailleurs aux yeux des sans-visa, des sans-emploi, des sans-perspectives.

Pourtant il ne gagnera pas. Pour une raison constitutionnelle : Pour être éligible en Algérie, il faut répondre à des conditions particulières, dont la résidence permanente en Algérie depuis… dix ans. Ce qui n’est pas le cas de Nekkaz, bien qu’il ait spectaculairement renoncé à sa nationalité française et aux délices « haram » de l’Occident. Sauf en cas de bouleversements révolutionnaires…

Et nous dans cette histoire ? Eh, tout ce qui se passe en Algérie – ce pays frère ami-ennemi – a des répercussions importantes chez nous. Une déstabilisation enverrait des centaines de milliers de jeunes à travers la Méditerranée vers nos rivages. On ferait quoi ? On les coulerait ? Au risque de susciter des troubles énormes parmi les Français descendants de Maghrébins ? Et si les djihadistes tiraient les marrons du feu à la suite de chaos en Algérie, exportant chez nous une vague d’attentats ? Sans oublier, plus prosaïquement, notre approvisionnement gazier largement tributaire de l’Algérie…

Mektoub…


Laisser un commentaire