Défaite humiliante de la coalition Tshisékédi aux sénatoriales : Le CACH paie cash sa compromission

Battu à plate couture à la présidentielle de décembre 2018, le FCC (Front commun pour le Congo), coalition dirigée par Joseph Kabila, est en train de mettre dans sa gibecière les autres institutions de la République. En effet, après avoir engrangé une majorité plus que confortable dans la nouvelle Assemblée nationale, le regroupement de l’ancien président est donné vainqueur aux élections sénatoriales du 15 mars dernier. Plus qu’une victoire, c’est un véritable raz-de-marée, puisque le FCC a revendiqué plus de 80 sénateurs sur les 100 sièges à pourvoir, sans compter celui attribué à Joseph Kabila, désormais sénateur à vie. L’homme le plus heureux donc de la RDC sous l’ère Tshisékédi, a un visage. C’est le taiseux Joseph Kabila.

Quand les partisans du CAP crient à la fraude et à la corruption, l’on peut avoir envie d’en rire

Et par ricochet, le plus malheureux, c’est Félix Tshisékédi, puisqu’il apparaît comme un roi dépourvu pratiquement de tous les attributs liés à la fonction. Mais ce qui arrive aujourd’hui à Tshisékédi fils, n’est pas pour autant étonnant. En effet, tout porte à croire que ce qui le préoccupait au plus haut point, c’était le trône de Kabila. C’est chose acquise aujourd’hui dans les circonstances que l’on sait. En tout cas, l’hypothèse selon laquelle sa victoire à la présidentielle serait le fruit d’un deal avec Joseph Kabila au détriment de Martin Fayulu, est plus que jamais défendable. Et le contenu de ce deal pourrait être le suivant : le clan Kabila, de connivence avec Tshisékédi, a tripatouillé les résultats de la présidentielle de sorte à éliminer le candidat gênant, Martin Fayulu. En contrepartie, Kabila pouvait se permettre d’arranger les résultats des législatives, des provinciales et des sénatoriales pour le FCC. Et c’est ce scénario qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Et puisque Félix Tshisékédi n’y est pas étranger, il s’en accommode. De ce point de vue, l’on peut dire que sa coalition, le Cap pour le changement (CACH), est en train de payer cash sa compromission avec le clan Kabila. Et quand les partisans du CAP pour le changement et plus particulièrement ceux de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) crient à la fraude et à la corruption, l’on peut avoir envie d’en rire. En effet, ces deux maux ont toujours été les fondements du pouvoir Kabila. Et leur champion en a profité pour se hisser au sommet du pouvoir après un scrutin dont tout le monde pratiquement s’est accordé à reconnaître qu’il n’a pas respecté la volonté du peuple congolais. L’Eglise catholique qui a été pendant longtemps à l’avant-garde du combat pour l’alternance démocratique, en avait, en tout cas, la conviction. Et avec elle, plusieurs chancelleries occidentales. Pour ne pas en rajouter au chaos qui se profitait à l’horizon, les uns et les autres ont dû mettre de l’eau dans leur vin pour faire avec les résultats issus du laboratoire du sulfureux Corneille Nangaa. Et c’est pourquoi, l’on peut suggérer au malheureux Martin Fayulu, lui qui, actuellement, fait le tour des capitales occidentales pour contester l’élection de Félix Tshisékédi, de ménager ses énergies pour les prochaines échéances.

Félix Tshisékédi marche sur des œufs

Car, la réalité est là, implacable. Le bonnet de roi est sur la tête de Tshisékédi. Et tous les autres leviers du pouvoir sont entre les mains du FCC de Joseph Kabila, le bienheureux. Au bout donc de ce long, coûteux et laborieux processus électoral, c’est la démocratie, la vraie, qui en est sortie perdante. Ce sentiment est d’autant plus vrai qu’avec sa majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, le FCC a désormais les moyens constitutionnels non seulement de mettre en difficulté le président de la République, mais aussi de réviser la Constitution. Avec un tel rapport de forces, Félix Tshisékédi doit se garder de caresser Kabila à rebrousse-poil car, à tout moment, il peut mettre du sable dans son couscous. Déjà, il est obligé de gérer le pouvoir a minima. Car depuis qu’il est aux affaires, en effet, il est incapable de former un gouvernement. De ce fait, il se contente de nommer à la pelle ses partisans aux postes de conseillers. Et ceci expliquant cela, son engagement à prendre des mesures de grâce en faveur des prisonniers politiques, semble prendre du plomb dans l’aile si fait qu’à ce jour, il n’a pu élargir que deux personnalités politiques. De toute évidence, Félix Tshisékédi marche sur des œufs. Car, pour le moment, il a plus intérêt à avoir Joseph Kabila avec lui que contre lui. C’est tout simplement une question de réalisme politique. Dans ces conditions, l’on peut craindre qu’il y ait divorce entre lui et la base de l’UDPS. Déjà, des militants de ce parti, mécontents et humiliés par la défaite cuisante de cette structure, se sont déversés dans la rue pour contester les résultats. Outre cela, les manifestants exigent la démission des autorités de leur parti. Et les députés provinciaux de l’UPDS, accusés à tort ou à raison d’avoir usé de la corruption durant ce scrutin, ont été déclarés persona non grata au siège du parti. Tout cela augure d’un mandat difficile pour Félix Tshisékédi car il est marqué à la culotte à la fois par le FCC et par la base de son parti. Au-delà, c’est tout le peuple qui l’attend au tournant, car ce dernier ne comprend pas que sa victoire à la présidentielle de décembre 2018, soit prise en otage par le FCC au point de poursuivre le style de gouvernance de Joseph Kabila.

« Le Pays »

Laisser un commentaire