De Tesla, de Mercedes, et des bulles financières

Bien sûr, Elon Musk semble avoir réussi son pari : Tesla gagne de l’argent depuis deux trimestres, sa Model 3 se vend très bien aux Etats-Unis et il a réussi à augmenter sa production fortement. L’incroyable pari du fantasque patron semble gagné. Mais outre de vrais angles-morts, est-il tout simplement sensé que Tesla vaille presque autant en bourse que Mercedes-Benz  ?

Licorne aux amphétamines  Bien sûr, l’histoire de Musk est aguichante : pionnier de la voiture électrique de luxe, il a réussi à s’imposer au point de faire de sa Model 3 la première vente du segment premium aux Etats-Unis, une première depuis des décennies. Mieux, la marge opérationnelle est au niveau des géants du secteur depuis deux trimestres, l’entreprise gagne de l’argent et ses perspectives de croissance semblent colossales avec l’ouverture des deux plus grands marchés au monde, la Chine, et les pays européens, où deux fois plus de véhicules de la catégorie de la Tesla 3 sont vendus. C’est sans doute ce qui fait qu’aujourd’hui, Tesla vaut plus de 50 milliards de dollars, presqu’autant que BMW et Daimler. Pourtant, pour qui prend un peu de recul, cette proximité de valorisation semble tout de même extravagante. BMW a fait près de 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 et un résultat net de 8,6 milliardsDaimler affiche plus de 160 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 10,5 milliards de profits  ! En comparaison Tesla est un nain, avec 21,4 milliards de dollars de chiffres d’affaires en 2018, pour une perte de plus d’un milliard… Mais au second semestre, l’entreprise a fait 14 milliards de chiffres d’affaires et 450 millions de profits. Tesla anticipe une croissance des livraisons de 45 à 65%, portée par la Model 3, avec un léger recul des Model S et Model X, soit un CA d’environ 30 milliards. La lecture du communiqué de presse de l’entreprise, qui prévoit des marges relativement stables, semble indiquer que Tesla devrait pouvoir viser un profit d’un peu plus d’un milliard sur l’ensemble de l’année. Mais du coup, n’est-il pas extravagant que les marchés valorisent Tesla à 60 fois ses profits annualisés du second semestre 2018 contre 5 fois seulement pour BMW et Daimler ? Et cela, d’autant plus que les résultats de ce semestre sont doublement sous amphétamines. Non seulement, Tesla écluse le stock de commandes de la Model 3, sans qu’il soit clair que ce stock se renouvelle aussi vite, mais en outre, Tesla ne livre que les versions haut de gamme, bien plus profitables, de ce modèle. Et en ce début d’année, Tesla a également annoncé la suppression des versions entrée de gamme des modèles S et X, tout en annonçant que leurs ventes en 2019 pourraient légèrement baisser. Et avec les suppressions de poste, cela fait beaucoup de décisions, qui, si elles ont le mérite d’améliorer les marges de l’entreprise, pourraient être court-termistes. D’ailleurs, les objectifs de vente pour 2019 ne sont pas si ambitieux, une hausse de moitié, qui revient seulement à maintenir le rythme du second semestre. En outre, si les Model 3 vendues en 2019 sont moins haut de gamme, cela pèsera sur les marges. Et quel va être le niveau de la demande de Tesla cette année et après ? Bien sûr, la marque peut se targuer de plus que tripler son marché de référence pour la Model 3 avec son lancement en Chine et en Europe. Mais la marque va aussi devoir affronter la montée en puissance de la concurrence des marques premiumsAprès Jaguar, ce sont les poids-lourds allemands, Mercedes, Audi et Porsche qui lancent coup sur coup des concurrents aux modèles S et X et demain, tous les constructeurs de la planète qui vont concurrencer la gamme Tesla, armés de moyens financiers importants, et surtout de clients et de réseaux solides. On peut croire que Tesla a mangé son pain blanc et l’on tarde à voir ce qui permettra à l’entreprise de garder une bonne position.  Sur la seule foi des résultats du second semestre, au regard des multiples de l’industrie, Tesla devrait valoir dix fois moins qu’aujourd’hui. Bien sûr, les marchés s’appuient sur la croissance des dernières années et de bonnes perspectives, mais ils oublient un peu trop les manipulations des livraisons des versions les plus chères de la Model 3 et l’arrivée d’une concurrence redoutable.

par Laurent Herblay

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