Davos ou le scandale d’un monde qui a perdu son âme

« Dieu a dit il faut partager : « Les riches auront la nourriture, les pauvres auront l’appétit » Coluche 

«Il faut prendre l’argent aux pauvres, d’accord, ils ne sont pas riches, mais ils sont nombreux.» 

(Alphonse Allais)

Rituellement se tient en Suisse le Forum de Davos et ceci depuis plus de quatre décennies. Les grandes décisions entre décideurs se prennent sous l’œil médusé des sans dents qui ne se sentent pas concernés directement par la kermesse ou zerda mais plus par les retombées négatives sur leur quotidien fait de sueur et de larme sans perspective de sortie du tunnel comme le montre la colère des Gilets Jaunes qui est une lame de fond qui fait fi des organisations syndicales actuelles et qui ne s’arrêtera que quand des réponses convaincantes sont données à leurs revendications.

 Pourquoi Davos ? 

Le président-fondateur du Forum économique mondial (WEF), Klaus Schwab, explique en quelques phrases les secrets du forum: «Il a plusieurs composantes: un sens de l’innovation et de l’entrepreneuriat, doublé d’une culture du risque et de la réactivité, au service d’une vision.

Ce Forum, je l’ai développé à partir de rien- uniquement de mes idées (…) Davos est une tribune d’échanges, formels et informels, qui met davantage en exergue ce qui nous unit, plutôt que ce qui nous sépare » (1).

« Ce que je recherche aussi, c’est une très haute qualité. Haute qualité de l’organisation, des échanges, des intervenants. (…) A Davos il y a aussi des principes, auxquels je tiens beaucoup. Tous les intervenants sont des acteurs du présent. Chez nous, vous ne verrez jamais quelqu’un du passé. Nous n’invitons que ceux qui font l’agenda d’aujourd’hui et de demain. Nous voulons ainsi aussi entendre de nouvelles voix, des voix jeunes. (…) Ce sera une rencontre passionnante. Bien différente, dans son atmosphère, de celle de l’an dernier, où la crise de l’euro occupait encore tous les esprits. Lentement, la confiance revient. Aujourd’hui, je suis redevenu optimiste.» (1)

Des riches toujours plus riches, et des pauvres encore plus… pauvres 

Depuis que le monde est monde il y a des riches, et il y a des pauvres. Ce à quoi on assiste est à un dépouillement de la force de travail d’hommes, de femmes et d’enfants réduits en esclavage et payés d’une façon misérable pendant que les patrons s’enrichissent d’une façon indécente avec des différences énormes.  Selon le dernier rapport de l’ONG Oxfam, 82% de la richesse créée en 2017 ont été absorbés par 1% de la population mondiale.  Les 1810 milliardaires en dollars sur la liste Forbes de 2016 possèdent 6,5 milles milliards de dollars, autant «que les 70 pour cent les plus pauvres de l’humanité». Bill Gate, Carlos Slim voient leurs revenus augmenter chaque année par des simples «manipulations» boursières sans risque, de plusieurs milliards de dollars. Ils ont alors le beau rôle pour faire les mécènes et distribuer des aumônes qui ne règlent pas le problème, celui de la redistribution.  La moitié de la nourriture produite dans le monde serait gaspillée chaque année, «Entre 30 et 50%» des 4 milliards de tonnes de nourriture produites annuellement dans le monde «n’atteindront jamais un estomac humain», «550 milliards de mètres cubes d’eau» sont ainsi utilisés en vain pour faire pousser ces aliments perdus.» «Entre 2010 et 2012, lit-on dans cette étude,860 millions de personnes à travers le monde souffraient de malnutrition, selon l’organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (FAO).»  (2)

Comment est distribuée la richesse mondiale?

Qui en profite? Y a-t-il un Smic de dignité sociale pour les revenus. Rien de tout ça! A l’échelle mondiale la richesse des milliardaires a augmenté de 524 milliards de dollars l’an dernier pour atteindre 3700 milliards, selon Bloomberg.  Les 300 personnalités les plus fortunées du monde disposaient de 3 700 milliards de dollars à la fermeture des marchés le 31 décembre 2013, soit 1,5 fois le PIB de la France.  En Chine, en 2013 le nombre de milliardaires en dollars a passé cette année pour la première fois le seuil symbolique des 300.  La deuxième économie mondiale compte précisément 315 milliardaires, soit 64 de plus qu’en 2012, affirme l’institut de recherche Hurun. (2)

On serait tenté de croire que le niveau de vie est profitable à toutes les couches sociales dans les pays occidentaux industrialisés, il n’en n’est rien. Mieux encore, le pays le plus riche de la planète a ses pauvres et ils sont nombreux : «L’Amérique est le plus inégalitaire des pays développés: 10% des actifs accaparent à eux seuls 50% des revenus. (…) Voilà trois années consécutives que le taux de pauvreté reste supérieur à 15%. On n’avait pas vu cela depuis 1965. (..) Un rapport d’une commission du Congrès sur les inégalités, souligne que, de 1993 à 2012, ceux que l’on appelle ici le «top 1%», c’est-à-dire la frange des Américains les plus riches, a vu ses revenus réels grimper de 86,1%, tandis que le reste du pays n’a connu qu’une appréciation de ses revenus de 6,6%.  L’Amérique est le plus inégalitaire des pays riches: 10% des actifs accaparent la moitié des revenus.»(2)

Rapport sur l’état des inégalités. Les multinationales s’enrichissent de plus en plus

Dans un rapport sur les inégalités Nick Beam avait pointé du doigt les dérives criardes: «De nombreuses statistiques soulignent toute l’étendue du pouvoir du patronat. En termes de revenus, 69 des plus grandes entités économiques mondiales sont maintenant des sociétés, non des pays. Les 10 plus grandes entreprises du monde, dont Wal-Mart, Shell et Apple, ont des revenus cumulés supérieurs aux revenus totaux des gouvernements de 180 pays. (…)  Selon Oxfam, le géant technologique Apple aurait payé une taxe de seulement 0,005 pour cent sur ses bénéfices européens.  Les pays en développement perdent environ 100 milliards de dollars par an en raison de la fraude fiscale et d’exonérations accordées aux entreprises. Les Etats sont complices de la fraude fiscale et la criminalité.  Le rapport cite l’économiste Gabriel Zucman, selon lequel 7,6 milles milliards de dollars sont cachés dans les paradis fiscaux. En raison de la fraude fiscale, l’Afrique perd à elle seule 14 milliards de dollars, soit assez pour payer des soins qui sauveraient la vie de quatre millions d’enfants et embaucher assez d’enseignants afin que tous les enfants africains aillent à l’école.» (3)

2018 et 2019 les fossés  se sont encore plus creusés

Dans une contribution parue dans le journal Forbes Audrey Chabal indique que l’an passé, les 1% les plus fortunés ont accaparé 82% des richesses créées. A l’occasion du sommet de Davos qui s’ouvre ce 23 janvier en Suisse, l’ONG Oxfam diffuse un rapport sur le partage des richesses.

« Créer un avenir commun dans un monde fracturé. » Le thème est une occasion en or. Moment idéal pour alerter les grands de ce monde d’un problème de taille. Oxfam déplore que « 82% des richesses créées dans le monde l’année dernière aient bénéficié aux 1% les plus riches, alors que la situation n’a pas évolué pour les 50% les plus pauvres .  Oxfam calcule ainsi qu’une ouvrière du textile au Bangladesh mettra une vie entière à gagner ce que le PDG d’une des cinq premières marques de textile au monde empochera en quatre jours. Bill Gates (Microsoft), Jeff Bezos (Amazon) et Warren Buffett possèdent autant que la moitié de la population américaine les plus pauvres, soit 160 millions de personnes » (4)

« Neuf milliardaires sur dix sont des hommes constate l’ONG qui dénombre (en dollars) 2 043 milliardaires dans le monde. Le nombre de milliardaires ne cesse d’augmenter, avec une plus forte hausse l’an passé : Oxfam comptabilise ainsi un nouveau milliardaire tous les deux jours. « En 12 mois, les richesses de ce groupe d’élite ont augmenté de 762 milliards de dollars. » Une telle somme permettrait de mettre fin à la pauvreté dans le monde. Plus de sept fois » La France ne fait pas exception », ajoute l’ONG. « Les 10% les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales quand les 50% les plus pauvres ne se partagent que 5% du gâteau ; le nombre de personnes en situation de pauvreté a aussi augmenté de 1,2 millions de personnes en 20 ans. »« dans le monde, près de 850 millions d’individus survivent dans l’extrême pauvreté avec moins de 1,9 dollars par jour » ; « à l’extrême opposé, depuis une dizaine d’années, une élite d’ultra-riches a émergé. » (4)

En 2019 poursuit Audrey Chabal 26 milliardaires détiendraient autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Soit 3,8 milliards de personnes. 26 personnes d’un côté, 3,8 milliards de l’autre. Le gouffre entre ces deux mondes a de quoi faire frémir. L’ONG profite de l’ouverture, demain à Davos, du Forum Economique Mondial – qui se déroulera cette année sans Emmanuel Macron ni Donald Trump – pour lancer un appel aux gouvernements en leur demandant de « s’assurer que les entreprises et les plus riches paient leurs impôts ». L’an passé, ils étaient 43 milliardaires à accumuler autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

Les ultras riches seraient donc de plus en plus riches. Le nombre de milliardaires aurait même presque doublé depuis la crise financière de 2008, selon l’ONG. Dans un communiqué, la directrice exécutive d’Oxfam international, Winnie Byanyima a indiqué que « le fossé qui s’agrandit entre les riches et les pauvres pénalise la lutte contre la pauvreté, fait du tort à l’économie et alimente la colère dans le monde ». A noter que la méthodologie, basée sur le classement des milliardaires de Forbes et les chiffres de la banque Crédit Suisse, est contestée par certains économistes. Mais d’après ces calculs, la richesse des milliardaires a bondi de 900 milliards en 2018. Sur la même période, celle des plus pauvres a dégringolée de 11%, toujours selon Oxfam. Des inégalités qui résultent de « choix politiques », selon l’organisation » (5).

L’injustice climatique: Après les réfugiés économiques , les réfugiés climatiques 

A toutes les avanies que connaissent les déshérités du monde, la faim, la soif, le manque d’hygiène, le manque d’instruction, il faut y ajouter l’injustice climatique et l’autisme des grands incapables de tourner le dos aux énergies fossiles. La maison brûle et on regarde ailleurs disait le président Chirac au sommet de Johannesburg. Les convulsions climatiques  du fait d’une consommation des pays riches  qui envoient chaque des milliards de tonnes de CO2 dans l’espace amenant l’effet de serre, ce sont les pays du Sud qui payent l’addition . Ce sont des inondations , des sécheresses catastrophiques et au bout du compte des réfugiés climatiques qui ne peuvent pas lutter contre les perturbations

Unis nous pouvons et nous devons vaincre les atermoiements de puissants de ce monde pour qui la détresse humaine n’est pas un produit marchand, éparpillés la défaite de l’humanité est certaine. Chavez disait que si le climat était une banque, les pays industrialisés feraient tout pour le sauver.Interrogeons-nous si chacun de nous si chaque pays,  a fait ce qu’il doit faire en termes de dette vis-à-vis de la Nature, en termes de viatique vivable à laisser aux générations futures!

Qu’on se le dise, un mode vie à l’américaine, à 8 tep/hab/an n’est pas soutenable! Les Européens qui sont à 4 tep/hab/an sont-ils deux fois moins heureux que les Américains? Et que dire des Sahéliens? Quand on sait qu’un Sahélien consomme en énergie en une année ce que consomme un Américain en une semaine! Que dire aussi quand on sait qu’un plein de 4×4 en biocarburant soit 225kg de maïs transformé, peut nourrir un Sahélien pendant une année! Est-ce ainsi que les hommes vivent? Pierre de Rabhi nous recommande de faire chacun à son niveau comme le colibri- apporter chacun notre goutte d’eau pour éteindre l’incendie et ce faisant conjurer le péril d’un climat erratique qui impactera en premier les déshérités de la Terre.

Les dégâts de la 4e révolution industrielle dans le futur : La casse  

L’information la plus importante concerne l’architecture future du travail.   L’avènement de la force de frappe robotique  tarira les postes pour l’homme et surtout ce dernier devra se battre scientifiquement pour concurrencer un robot qui ne connait pas  la fatigue et qui ne fait pas de grève !!

Un nouveau rapport, The Future of Jobs, publié le 25 janvier 2018 par le World Economic Forum traite de cela : «La quatrième révolution industrielle, qui comprend des développements dans des domaines précédemment décousus tels que l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique, la robotique, la nanotechnologie, l’impression 3D, la génétique et la biotechnologie, va bouleverser non seulement les modèles économiques, mais aussi les marchés du travail. Les cinq prochaines années, avec d’énormes changements prévus dans les compétences nécessaires pour prospérer dans le nouveau paysage.» (6)

Comment se présentera le travail dans le futur ?: «Les changements dans les modes de production vont avoir un profond impact sur l’emploi dans les prochaines années. Le Forum Economique Mondial explique que dans 10 ans, peut-être même 5, la majorité des créations d’emplois se feront dans des activités ou des métiers qui n’existent pas en 2016. Et le rapport reprend l’idée que «65% des enfants qui entrent aujourd’hui à l’école primaire exerceront un travail qui n’existe pas en 2016». Dans les 15 pays les plus industrialisés (hors Chine) analysés par le rapport, l’estimation est que le solde net de pertes d’emplois sera de 5,1 millions d’emplois entre 2015 et 2020 à cause des seuls changements technologiques et d’organisation. » (7)

4,7 millions d’emplois seront perdus dans les fonctions de bureaux et d’administration, 1,6 million dans la production industrielle et manufacturière, et 497.000 dans la construction pour ne parler que des secteurs les plus importants. En revanche, il anticipe 492.000 créations d’emplois dans la finance, 416.000 dans le management, 405.000 dans l’informatique ou 339.000 dans l’architecture et l’engineering. «7,1 millions d’emplois détruits et 2 millions créés, le solde net est donc de 5,1 millions d’emplois disparus.» Cela uniquement sur les questions technologiques, en dehors de toute crise économique éventuelle.». (7)

Crainte des puissants: Les inégalités, l’eau, l’Internet 

De quoi ont peur les riches?  Malgré leur richesse, les puissants ont peur ! Sans conteste, la peur de perdre leurs privilèges : « Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1% les plus riches, tandis que 99% de la population mondiale se partagent l’autre moitié, selon l’ONG Oxfam (…)  Selon le World Economic Forum, les inégalités menacent la stabilité mondiale: «Le fossé persistant entre les revenus des citoyens les plus riches et ceux des plus pauvres est considéré comme le risque susceptible de provoquer les dégâts les plus graves dans le monde au cours de la prochaine décennie», indique le rapport annuel du Forum sur les risques mondiaux.

Il reste à définir ce que c’est que la stabilité mondiale vue par les riches ; A n’en point douter, c’est celle d’un statu quo, chacun à sa place et de temps en temps les riches jetteront des miettes aux miséreux.

L’anti-forum de Davos  

On se souvient qu’à la fin du mois de janvier 2001, s’était tenu pour la première fois, l’anti-forum de Davos à Porto Alegre au Brésil. «Le Davos des Pauvres» regroupe principalement ceux qui sont contre une mondialisation-laminoir, selon le juste mot de Jacques Chirac. Ce rendez-vous des pauvres a tenté dans une cacophonie pathétique de trouver une alternative à la mondialisation inhumaine représentée par les capitaines d’industrie réunis dans le même temps dans la petite station balnéaire de Davos en Suisse.

Plusieurs thèmes avaient été abordés, ils avaient tourné principalement autour de la dette des PVD, de l’eau ; l’économiste Riccardo Petrella avait ainsi plaidé pour que l’eau soit «reconnue comme le premier bien commun de l’humanité Parallèlement, les 500 parlementaires réunis en forum à Porto Alegre avaient, on s’en souvient, décidé de «constituer un réseau international de parlementaires» de soutien aux «mouvements sociaux et citoyens». Un texte avait été adopté à l’unanimité affirme l’existence d’alternatives aux politiques libérales incarnées par le Forum économique de Davos ». Le document mentionnait, également, un certain nombre d’objectifs à atteindre parmi lesquels on peut citer l’instauration de la taxe Tobin, l’abolition de la dette des pays pauvres, la suppression des paradis fiscaux, la «réforme profonde de l’OMC» et des institutions financières internationales, ainsi que l’égalité hommes- .(8)

Que reste-t-il de tout cela? 

Presque rien. Nul ne doute que le fossé entre les riches et les pauvres devient de plus en plus abyssal ; les élans de générosité le temps d’un forum ne doivent pas cacher la réalité. L’aide publique au développement est de plus en réduite et de plus, elle est dirigée vers les «bons élèves». Car en définitive, est-il moral qu’un Suisse touche en un jour ce que touche un Africain moyen en une année? Est-ce cela le développement durable Est-ce cela la solidarité , Où sont les Droits humains à l’eau à  un emploi décent, à la santé à l’eau à un toit consacrés par les Nations Unies.  La question attend toujours une réponse.(9)

Les inégalités extrêmes dégradent le vivre ensemble, Elles renforcent le pouvoir des oligarchies, limitent l’accès à l’éducation et à la santé, l’égalité homme-femme. Les riches sont des Martiens qui regardent les Terriens besogneux de loin, ils sont indifférents à la douleur et à la dignité humaine qui se déclinent notamment par un droit à l’éducation, un droit à un travail, un droit à un toit, en un mot comme en mille, un droit à vivre décemment. Même l’alter mondialisme que nous avions cru, un temps porteur de valeurs à même de contrer cette machine du diable de la mondialisation laminoir et du néo-libéralisme prédateur, s’est essoufflé. Est-ce pour autant qu’il faille baisser la garde? Non! Le combat continue. (10)

Conclusion

Peu à peu, l’organisation économique et sociale devient duale: le bas de gamme; Low-cost pour la grande masse et grand luxe pour les 1%. Quartiers résidentiels bunkerisés, pour les uns, logements précaires dans des quartiers périphériques pour les autres. Ce type de société, à l’apartheid social assumé, induit frustration et montée de la violence avec le développement d’économies souterraines. Nous connaissons bien cela en Algérie. Margaret Thatcher martelait ´´There Is No Alternative!´´ (TINA) «il n’y a pas d’autres alternatives». Dans ce monde, il y a toujours des gagnants dans une «économie casino» où l’effort est de loin marginal par rapport à la financiarisation-spéculation. Les Riches sont des Aliens qui regardent les Terriens besogneux de loin, ils sont indifférents à la douleur et à la dignité humaine qui se décline notamment par un droit à l’éducation, un droit à un travail, un droit à un toit, en mot comme en mille, un droit à vivre décemment.

Comment peut-on parler de la mondialisation du bonheur, quand on sait que les pays africains luttent pour leur survie avec un fardeau de la dette de 400 milliards de dollars, un service de la dette inhumain, une aide au développement de plus en plus réduite? L’hypocrisie des pays industrialisés médiatise à outrance cette aumône, alors que dans le même temps, le service de la dette est autrement plus ravageur puisqu’il compromet définitivement toute velléité de développement durable. Comment peut-on demander aux pays en développement (toujours dans cet état depuis quarante ans) une bonne gouvernance, quand parallèlement on leur interdit de financer les systèmes éducatifs et de santé vecteurs importants de la cohésion sociale? Ce qui leur est en fait demandé, c’est d’ouvrir leur marché, c’est de laminer leur production nationale et la donner en pâture aux multinationales qui sont, de loin, plus performantes. Est-ce cela la mondialisation du bonheur des chantres du libéralisme à outrance à l’instar d’Alain Minc? (12)

Beaucoup d’intellectuels des pays développés s’accordent à dire que l’ambition discrète de la mondialisation, c’est la destruction du collectif et l’appropriation par le marché et le privé des sphères publiques et sociales. Dans le but de construire une société où l’individu sera enfin privatisé et où s’épanouira l’hyperbourgeoisie naissante.  Pour déconstruire et donc contrecarrer un tel projet, un embryon de société civile internationale se met en place surtout dans les pays industrialisés. Une grande privatisation de tout ce qui touche à la vie et à la nature se prépare, favorisant l’apparition d’un pouvoir probablement plus absolu que tout ce qu’on a pu connaître dans l’histoire. Tandis que de nouveaux et séduisants «opiums des masses» proposent une sorte de «meilleur des mondes» et distraient les citoyens.

Une cause importante de «mauvais-être» pour ne pas dire de malheur est la précarité -au- minimum la flexibilité-qui aboutit à un CDD antichambre du chômage. Avec sa lucidité coutumière, Bourdieu constate que l’Etat Nation, garant du bonheur des citoyens- recule et abdique ses prérogatives il écrit: «Historiquement, l’État a été une force de rationalisation, mais qui a été mise au service des forces dominantes. Pour éviter qu’il en soit ainsi, il ne suffit pas de s’insurger contre les technocrates de Bruxelles.

Il faudrait inventer un nouvel internationalisme (…) Il s’agirait de construire des institutions qui soient capables de contrôler ces forces du marché financier, d’introduire- les Allemands ont un mot magnifique – un Regrezionsverbot, une interdiction de régression en matière d’acquis sociaux à l’échelle européenne. (…) En fait, la force de l’idéologie néolibérale, c’est qu’elle repose sur une sorte de néo-darwinisme social: ce sont «les meilleurs et les plus brillants», comme on dit à Harvard, qui triomphent.» (13)

Il s’agirait, entend-on, de proclamer avec force que l’argent ne fait pas le bonheur, qu’il y a autre chose dans la vie que l’accumulation de biens matériels.  C’est naturellement faire abstraction des couches sociales qui, de plus en plus larges, peinent à joindre les deux bouts, qui n’ont d’autre choix que mal manger, mal se vêtir et mal se loger. Le remède miracle: le bien-être, notion subjective s’il en est.  Il ne faudrait plus «maximiser» la croissance, mais le bien-être et le bonheur. Avec raison en 1997, Pierre Bourdieu se posait la question « des coûts sociaux de la violence économique et avait tenté de jeter les bases d’une économie du bonheur ».

Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique  Alger

Note

1.Sabine Syfuss-Arnaud http://www.challenges.fr/economie/20140122. CHA9435/forum-de-davos-les-confidences-de-klaus-schwab.html#xtor=EPR-14-[Quot10h30]-20140122

2.http://chemseddine.over-blog.com/2014/01/les-aliens-de-davos-bombance-et-m%C3%A9pris-pour-les-faibles.html

3.Nick Beams 17 janvier 2017 http://www.mondialisation.ca/huit-milliardaires-controlent-autant-de-richesses-que-la-moitie-de-lhumanite/5569424

4.https://www.forbes.fr/business/quand-les-1-les-plus-riches-accaparent-82-des-richesses-creees/?cn-reloaded=1

5. https://www.forbes.fr/finance/qui-sont-les-26-milliardaires-pesant-autant-que-38-milliards-de-personnes/

6. https://www.weforum.org/reports/the-future-of-jobs

7.JPG http://www.emploiparlonsnet.pole-emploi.org/prospective/davos-voudrait-anticiper-le-travail-du-futur

8.Samuel Schellenberg : Le Forum social mondial en cache-t-il un autre ? Porto Alegre. 30 janvier ( 2001)

9. Chems Eddine Chitour. La mondialisation : l’espérance ou le chaos ? Edtions Anep. 2002

10 ;Chems Eddine Chitour http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/285035-a-quoi-sert-la-zerda.html

11.http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/258845-l-arrogance-des-grands-devant-la-misere.html

12.Alain Minc :La mondialisation heureuse. Editions La Découverte. Paris, (1992)

13.Pierre Bourdieu: L’essence du libéralisme, le Monde diplomatique mars 1998.

Article de  référence : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5272278La source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2019

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