Au sujet de politiciens qui sont les amis de criminels au pouvoir.

« Malheureusement, l’idée d’un autocrate bienveillant, le dictateur juste, est en train de renaître dans le monde arabe. »

Jamal Khashoggi (1958-2018), journaliste saoudien, résident permanent des États-Unis et chroniqueur du Washington Post Global Opinions, assassiné par le gouvernement saoudien de Mohammed bin Salmane (1985-), à Istanbul, en Turquie, le mardi, 2 octobre 2018. (Dans un discours prononcé lors d’une conférence organisée en avril 2018 par le Centre for Middle East Studies de l’Université de Denver et le Centre pour l’étude de l’islam et de la démocratie, à Washington, DC).

« Ils[les Saoudiens] avaient un très mauvais concept original, et ils l’ont mal exécuté et la dissimulation a été l’une des pires de l’histoire de la dissimulation.(…)

C’est très simple ; ce fut un mauvais projet. Il n’aurait jamais dû être envisagé. Quelqu’un s’est vraiment fourvoyé. Et ils ont eu la pire couverture de tous les temps. Le moment où ils auraient dû mettre un frein à toute l’affaire, c’est dès le début.

Quiconque a pensé à cette idée[d’assassiner le journaliste saoudien Jamal Khashoggi] est, je pense, en grande difficulté, et ils devraient l’être. »

Donald Trump(1946-), président américain en poste, (déclaration faite aux journalistes le mardi 23 octobre 2018 à la Maison blanche)

« Quand des hommes méchants se liguent entre eux, les gens bien doivent s’associer; sinon, ils tomberont l’un après l’autre, dans un sacrifice impitoyable et une lutte méprisable. »

Edmund Burke(1729-1797), homme d’État irlandais, auteur, orateur, théoricien politique et philosophe.

En tant qu’homme politique, Donald Trump est à l’image du gouvernement américain, lequel doit veiller au maintien du complexe militaro-industriel américain. Il lui faut des « ennemis ». En effet, Donald Trump semble avoir besoin d’« ennemis » pour établir sa propre identité politique et, éventuellement, pour détourner l’attention de ses propres défauts. Il n’a donc pas des « adversaires », mais des « ennemis », qu’il qualifie d’être des « ennemis du peuple ».

 Ce n’est pas là une mince affaire car il s’agit d’un langage totalitaire. En effet, des dictateurs et des démagogues violents, oppressifs et fascistes ont, dans le passé, utilisé cette épithète. On pense, entre autres, à Adolf Hitler (1889-1945) dans l’Allemagne nazie, à Vladimir Lenin (1870-1924) et à Joseph Staline. (1878-1953) dans l’ancienne URSS. Leur objectif: attiser la haine politique et délégitimer leurs « ennemis » et tous ceux qui osaient critiquer leurs gouvernements totalitaires. Remarquez qu’il s’agissait de dictateurs authentiques. Le fait que Donald Trump utilise avec désinvolture un rhétorique politique violente pour délégitimer ses opposants devrait être une source d’inquiétude pour tous ceux qui valorisent la démocratie.

Dans le passé, Donald Trump a qualifié la candidate démocrate à la présidence, Hillary Clinton, d ‘« ennemie », allant même jusqu’à l’accuser d’être corrompue, sans apporter la moindre preuve pour appuyer une telle accusation. Il a également qualifié les médias et les journalistes d’être des « ennemis ». Il les qualifie de « faux médias ». Il a souvent attaqué des athlètes et des stars d’Hollywood de la même manière, et il en a insulté des dizaines d’autres. Trump continue de bousculer tout le monde, y compris le président de la Fed. Ce dernier aurait pu lui répliquer, poliment il va sans dire, que ses politiques économiques imprudentes et pro-cycliques sont motivées par des considérations essentiellement politiques et sont contraires à une bonne gestion économique.

 Que le politicien Donald Trump puisse s’en tirer avec un comportement aussi provocateur et incohérent que le sien est vraiment surprenant. Aux Nations Unies, en septembre, on s’est ouvertement moqué de lui. En effet, Trump est devenu une source de dérision et de peur dans le monde entier. C’est peut-être une chose que ses partisans aveugles ne voient pas, mais le monde, lui, le voit.

Dans une véritable démocratie, les politiciens ne visent pas le pouvoir absolu pour eux-mêmes ou leur famille, et ils ne considèrent pas ceux et celles qui se portent candidats dans des élections libres comme des «ennemis», mais comme des opposants légitimes. Traiter publiquement des adversaires politiques qui ont des programmes politiques différents d’«ennemis» est un langage de dictateurs et d’autocrates.

D’autre part, le président étasunien Donald Trump semble avoir un penchant, sinon une admiration évidente, pour les autocrates et les dirigeants totalitaires d’autres pays. Par exemple, il a déclaré être un admirateur de Xi Jinping, le président à vie de la Chine communiste, allant même jusqu’à dire, sur le ton de la plaisanterie, que c’était « formidable » et que « peut-être devrions-nous essayer ce systèmeun de ces jours ! » Donald Trump s’est également montré  fort à l’aise avec le dictateur nord-coréen, Kim Jung-un, avec l’autocrate turc Recep Tayyip Erdogan, avec le dictateur philippin en puissance Rodrigo Duerte et avec d’autres autocrates ou tyrans du même acabit, tout en fermant les yeux sur leurs actes de brutalité et d’oppression. C’est un comportement qui étonne car c’est un retour aux années trente, quand plusieurs démocraties furent remplacées par des dictatures.

Les relations privilégiées de Donald Trump avec le régime meurtrier de l’Arabie saoudite du prince Mohammed bin Salmane

 Cependant, cela n’est rien en comparaison des efforts qu’a déployés Donald Trump pour se porter à la défensedu gouvernement saoudien et pour dissimuler l’assassinat et le démembrement (avec une scie à os) du journaliste résident américain, Jamal Khashoggi. On sait que ce crime odieux a été commis le 2 octobre 2018 par un commando saoudien de 15 tueurs, à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie. Dans un premier temps, Trump a déclaré avoir parlé au prince Mohammed bin Salmane et que ce dernier l’avait assuré qu’il « n’avait pas donné l’ordre» d’assassiner le journaliste Khashoggi, même si certains des assassins venaient de son entourage immédiat et étaient ses gardes du corps. Par la suite, Trump a renchéri en déclarant publiquement qu’il « croyait le démenti » de bin Salmane, comme si un présumé assassin allait admettre un crime aussi barbare !

Quand le gouvernement saoudien inventa le scénario farfelu selon lequel le journaliste serait mort lors d’un « combat à mains nues » avec le commando de 15 personnes venu expressément d’Arabie saoudite pour l’assassiner, Donald Trump déclara que les prétentions saoudiennes étaient « crédibles », alors même que le monde entier tournait toute l’affaire en dérision. En effet, il défie la logique et le bon sens que dans un État religieux totalitaire comme l’Arabie saoudite, des agents du gouvernement se chargeraient d’assassiner et de démembrer un critique connu du régime, et ce, dans un pays étranger, sans avoir reçu un ordre explicite pour ce faire de la part d’un très haut placé.

Cependant, quand on annonça qu’on avait retrouvé les restes du corps du journaliste démembré dans le jardin de la résidence du consul général saoudien à Istanbul, et que le gouvernement turc déclara qu’il avait des preuves que l’assassinat de Khashoggi à l’intérieur du consulat saoudien avait été prémédité et soigneusement planifié, et que « de la personne qui a donné l’ordre jusqu’à la personne qui l’a exécuté, tous devraient être traduits en justice», les efforts de Donald Trump pour camoufler le crime du gouvernement de bin Salmane devinrent intenables.

C’est alors que Trump fit la remarque que l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul avait été « un mauvais projet » et que « quelqu’un s’est vraiment fourvoyé ». Il a par la suite annoncé quelques « sanctions » de nature cosmétique contre les membres du commando d’assassins, mais sans aucunement faire référence aux hauts responsables saoudiens qui ont ordonné le meurtre et surtout sans impliquer le responsable présumé, Mohammed bin Salmane.

Dans toute cette affaire, Donald Trump a semblé mettre l’accent sur la façon dont les Saoudiens ont « bâclé » l’assassinat, non pas qu’ils l’aient, au départ, « commis ». Certains disent que Donald Trump est un individu amoral et immoral, qu’il n’a aucune éthique personnelle et qu’il est incapable, dans n’importe laquelle situation, de distinguer le bien du mal. Ceci pourrait en être un exemple frappant.

Conclusion

Au fil des jours et alors que le président Donald Trump va de crise en crise, mon appréciation de l’homme dès le premier jour tient toujours, à savoir que l’impérieux homme d’affaires devenu président des États-Unis est « une menace pour la démocratie américaine et un facteur de chaos pour le monde ».

Rodrigue Tremblay 

 

Le Professeur Rodrigue Tremblay est professeur émérite d’économie à l’Université de Montréal.

On peut le contacter à l’adresse suivante : rodrigue.tremblay1@gmail.com.

Il est l’auteur du livredu livre « Le nouvel empire américain »et du livre « Le Codepour une éthique globale »,de même que de son dernier livre publié par les Éditions Fides et intitulé « La régression tranquille du Québec, 1980-2018 ». 

Site Internet de l’auteur : http://rodriguetremblay.blogspot.com/

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