Afrique du Sud : Stop au renflouement des entreprises publiques défaillantes !

Le dicton humoristique: « La folie, c’est de faire toujours la même chose et s’attendre à un résultat différent. », est souvent attribué à Albert Einstein, mais ce n’est pas lui qui l’a dit. Ce n’est pas non plus la définition de la folie, mais elle décrit un trait que nous pourrions appeler fou. Nous avons tendance à répéter les erreurs du passé en espérant que cette fois-ci nos «bonnes intentions» suffiront à changer les résultats.

La spirale de la dette infructueuse

Ce dicton décrit la politique du gouvernement sud africain à l’égard de South African Airways (SAA). Périodiquement, on refait la même chose, même si les résultats de la dernière fois ont été aussi infructueux que les précédents. La SAA, le bol à la main, demande au gouvernement un nouveau sauvetage. Les politiciens se succèdent alors pour expliquer pourquoi on devrait permettre à la compagnie aérienne en difficulté de puiser dans les poches des contribuables, alors que les responsables de la SAA promettent solennellement que, cette fois, les choses seront différentes. Quelques mois plus tard, le même spectacle recommence. Rien ne change à part les dettes de la SAA, qui continuent de croître proportionnellement aux montants des plans de sauvetage.

Pourtant, le Président Ramaphosa, continue de soutenir la SAA: «Voici la réalité: la SAA est actuellement endettée. Au moment où nous parlons, elle est endettée pour un certain nombre de raisons… Si nous voulons aujourd’hui vendre la SAA, ça sera à un prix bradé. » Sa solution consiste donc à continuer à faire ce que nous avons fait jusqu’à présent, ce qui n’a abouti qu’à l’alourdissement de l’endettement de la compagnie. Creuser la dette ne peut être une solution à la dette impayable. Le directeur général de la SAA, Vuyani Jarana, a indiqué qu’au 31 mars dernier, les actifs de la SAA s’élevaient à 13 milliards de rands, alors que ses dettes avaient atteint 26 milliards de rands. Quatre mois plus tard, il a déclaré que la dette avait encore augmenté de 2 milliards de rands, sans augmentation de la valeur des actifs. Jarana a estimé que la dette totale pour l’exercice augmenterait encore de 6 milliards de rands. La SAA a consommé 30 milliards de rands de richesse à ce jour et en veut plus. C’est 30 milliards de rands qui ne peuvent pas être utilisés pour des dépense appropriées, telles que la lutte contre la criminalité. C’est 30 milliards que les contribuables n’ont plus pour nourrir leurs familles, construire un toit ou éduquer leurs enfants ; c’est aussi 30 milliards d’euros d’emplois détruits, et on estime que la SAA nécessitera encore 21 milliards de rands au cours des trois prochaines années.

Tout cela suppose que, cette fois, les renflouements vont avoir un effet miraculeux. Mais, si l’on en croit l’histoire, et c’est généralement le cas, la dette accumulée dans trois ans sera plus importante qu’aujourd’hui et les politiciens de l’avenir déploreront qu’un nouveau plan de sauvetage soit nécessaire pour éviter que la dette beaucoup plus importante ne devienne immédiatement exigible.

Chaque jour, la dette cumulée de la SAA augmente et, dans la logique politique actuelle, cela signifie un autre plan de sauvetage plus urgent. Le gouvernement soutient que pour éviter de payer des dettes, il doit s’endetter davantage. Ça revient à vouloir supprimer la famine en confisquant la nourriture. Tito Mboweni, Ministre des finances, a eu raison quand il a déclaré que la SAA « est déficitaire, et il est peu probable que la situation soit réglée, …, nous devrions la liquider. »

La preuve de l’incompétence de la SAA

On a expliqué aux contribuables que la SAA créait des emplois grâce au tourisme et au commerce. Pourtant, la SAA a fermé des lignes et a promis d’en réduire davantage. Le ministre de l’Entreprise publique, Pravin Gordhan, a déclaré que la compagnie aérienne n’ouvrirait pas de nouvelles lignes, elle n’avait pas les fonds nécessaires. Alors, que s’est-il passé lorsque la SAA a arrêté des dessertes? Les concurrents ont augmenté leurs dessertes pour couvrir les lignes abandonnées par la SAA. Alors que la compagnie aérienne publique échoue, des concurrents privés tels que British Airways et Lufthansa augmentent le nombre de sièges sur leurs compagnies aériennes, sans le faire aux frais des contribuables, ils le sont déjà.

En 2012, la SAA a annulé les vols directs entre Le Cap et Londres, car elle ne pouvait générer aucun bénéfice. British Airways a heureusement pris la relève avec un bénéfice. En été, ils effectuent des vols deux fois par jour entre Heathrow et Le Cap, avec des vols supplémentaires à destination de Londres Gatwick.  La compagnie a également ajouté des vols directs entre Durban et Heathrow. Quant à Lufthansa et ses compagnies aériennes affiliées, elles proposent désormais des vols directs entre Le Cap et Francfort, Munich, Vienne et Zurich.

La réalité est que l’Afrique du Sud ne perd pas son tourisme, alors que l’activité de la SAA se contracte. Au lieu de cela, les concurrents utilisent de plus gros avions et le tourisme a augmenté! La SAA entrave le tourisme avec ses petits avions et ses vols moins fréquents. Même son marché autrefois florissant sur les vols régionaux africains souffre. Lorsque la SAA a renoncé à la ligne du Cap, insistant pour que les passagers aillent d’abord à Johannesburg, le tourisme du Cap a attiré des vols d’Air Botswana, d’Airlink, de Kenya Airways, de Rwandair, d’Air Namibia, d’Air Mauritius et d’autres.

Les échecs de la SAA n’ont pas entraîné la mort du tourisme. Ils ont offert des opportunités aux compagnies aériennes mieux gérées pour combler les lacunes et développer le tourisme. M. Ramaphosa demande si l’Afrique du Sud peut se permettre de fermer la SAA. Les preuves montrent plutôt qu’il devrait demander si l’Afrique du Sud peut se permettre de NE PAS la fermer.

James Peron est président du Moorfield Storey Institute – Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique (version élaguée) – Le 3 décembre 2018.

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